La première question
Un homme ouvre les yeux. Rien ne se remet en place.
Il ne reconnaît ni la pièce, ni les visages penchés sur lui, inquiets, qui prononcent un nom qu'il ne reconnaît pas comme le sien. Il ne sait pas où il se trouve, ni depuis combien de temps, ni ce qui a pu se passer entre l'instant où il s'est endormi, ailleurs, et celui où il a rouvert les yeux, ici.
La panique le submerge avant qu'il ait pu formuler une seule question claire. Il porte les mains à son visage, cherche un repère, n'en trouve aucun. Une voix tente de le rassurer, douce, insistante ; il ne parvient qu'à s'écarter, hors d'haleine, incapable de répondre à ce qu'on attend visiblement de lui.
Lorsqu'il parvient à sortir seul, il essaie les explications les plus simples : un rêve trop long, un malaise passager, quelque chose qui va se dissiper. Aucune ne tient face à la netteté de ce qu'il touche, respire et entend. Le sol sous ses pieds nus est bien réel. Le froid de l'air aussi.
Penché au-dessus de l'eau claire d'un ruisseau, il finit par découvrir son propre reflet : un visage jeune, qui n'est pas le sien. Son corps répond également autrement que celui dont il a l'habitude, plus rapide, plus vif, capable d'efforts qu'il n'aurait jamais crus possibles. Plus loin, des inconnus s'expriment dans une langue qu'il n'a jamais apprise et qu'il comprend pourtant sans effort, sans pouvoir se l'expliquer.
Il devra d'abord comprendre qui il est, et où il se trouve.